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LA GRANDE ILLUSION
La nouvelle loi sur les chiens du 20 juin 2008, comme en 1999, privilégie un principe irrationnel et utopique :
celui de reconnaître les chiens mordeurs avant qu’ils n’aient mordu.
En 1999, le Gouvernement, conseillé par la Société Centrale Canine, favorisait une approche raciale de l’agressivité.
Dix ans après, nous avons constaté que cette vision eugéniste n’a pas eu de véritables effets en dehors du fait de
jeter l’opprobre sur certains types de chiens. Tous les spécialistes le disent, déceler l’agressivité potentielle
d’un chien en regardant sa morphologie est une absurdité. Le gouvernement n’a pas pour autant décidé de supprimer le
décret du 17 avril 1999 (un monument d’irrationalité) qui définit la dangerosité des chiens non pas en fonction de
leurs utilisations mais en fonction de leurs races.
Aujourd’hui, inspirée par certains vétérinaires comportementalistes, la loi met en valeur « l’évaluation comportementale »
une pratique qui « n’est pas conforme (comme le dit le Docteur PAGEAT, père de cette discipline en France) à l’état actuel
des connaissances scientifiques et médicales ». Déceler l’agressivité future d’un chien en observant ses attitudes et en
posant quelques questions à son propriétaire dans un cabinet vétérinaire est une pure utopie.
Il y a fort à parier que cette évaluation va surtout générer des abandons et des conflits entre les propriétaires de chiens
et leurs vétérinaires (mieux vaut pour eux relire leurs contrats d’assurances).
Pourtant, depuis 1999, nous n'avons pas cessé de le dire : entre les mains d'un mauvais conducteur, le meilleur des
chiens peut devenir un danger. Pourtant, à aucun moment, que ce soit dans la nouvelle loi ou dans les discussions
" Animal et Société " la parole des éducateurs canins professionnels n'a été écoutée.
Dans le rapport de ces rencontres, on retrouve surtout une masse d'évidences et de vœux pieux qui permettront
au gouvernement d'affirmer qu'il a y aura eu une large concertation auprès de tous les professionnels de la filière
canine pour prendre ses décisions. Seul écueil, la nouvelle loi sur les chiens est parue avant la communication du rapport
au gouvernement…
C'est un fait, le parlement comme le gouvernement ne s'intéressent pas à l'éducation canine et aux positions des éducateurs
canins qui sont pourtant soutenues par de nombreux professionnels (voir manifeste). Certains diront que la nouvelle loi en
tient compte puisqu'une une formation obligatoire à " l'éducation et au comportement canin " est prévue pour les chiens
catégorisés.
Qu'on ne s'y trompe pas, cette formation sera surtout une contrainte administrative et technique supplémentaire pour les
propriétaires de ces chiens qui sont définitivement des parias pour les députés et les sénateurs.
Le " permis de détention " est tout, sauf une action préventive et éducative. C'est un formulaire administratif difficile à
obtenir qui a pour seul objet de dégoûter ceux qui auraient l'idée de garder un certain type de molosse
dans leurs maisons.
Ceux qui ne s'opposent pas à cette loi, aujourd'hui, sous prétexte que ce ne sont pas leurs races favorites qui sont
concernées auront sûrement des surprises dans quelques années. Quand les médias mettront en valeur un berger mordeur
ou un chien de chasse tueur peut être regretteront-ils de ne pas avoir été solidaires avec les amis des molosses ?
Car le plus affligeant dans cette histoire est le manque de cohésion chez les amis des chiens.
Comme toujours, les négociations de boutiquiers et les octrois d'avantages corporatistes ont pris le pas sur la raison.
Allez savoir, dans quelques années, il y aura peut être des élus qui s'intéresseront vraiment à l'éducation canine. Pour le
moment, avec la loi du 20 juin 2008, nos représentants s'éloignent une fois de plus des réalités du terrain…
Heureusement, la persévérance et la détermination sont des qualités reconnues de notre profession.
Il va en falloir pour que ça change…
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